Lundi 25 juillet
Ce n'est que vers 11 heures, que le soleil a daigné pointer le bout de son nez, écartant les nuages pour faire sa place au milieu d'une tache bleue qui s'est agrandie de plus en plus pour prendre toute la place, si ce n'est une lourde barre blanche qui marque encore l'horizon. Nous décidons de marcher à travers la forêt jusqu'à la prochaine baie; de couvert en clairière parsemée de crottes de daims, nous découvrons au bout d'une demi-heure, l'échancrure située au nord d'Ul et au-delà la mer encore couverte de moutons.
Une heure plus tard, nous rentrons déjeuner. La mer n'est toujours pas calmée. Nous puisons dans notre collection de bouquins (21) pour occuper l'après-midi. Malgré le soleil, le vent reste froid. Nous attendons 18 heures, heure d'ouverture de l'unique "market" du hameau, pour nous y rendre à pied. Après avoir musardé quelque peu et observé, depuis les hauteurs, la mer d'un bleu intense constellé d'écume blanche et les îles alentour qui forment un paysage de toute beauté, nous redescendons au port, dans le vent.
C'est incroyable ce temps ! Nous n'avons jamais vu une aussi longue période d'instabilité, dans l'Europe méditerranéenne, depuis plus de trente ans que nous naviguons.
Notre dîner se compose, ce soir encore, de cevapcici... C'est tout ce que nous avons trouvé à l'épicerie, mais nous adorons ça.

Krk. Mardi 26 juillet
Un créneau sans vent, sans orages... Nous nous engouffrons dedans. A 9 h 50, nous partons en direction de Krk. Vingt quatre milles nous en séparent et il aurait mieux valu partir cet après-midi, mais nous ne voulons pas prendre le risque d'être encore bloqués ici par le vent, même si la place est agréable, du fait que nous avons eu la chance de trouver un coin de quai nous permettant d'aller et venir plus librement que dans un mouillage. Il est 15 heures quand nous entrons dans le port de Krk et nous commençons à avoir sérieusement faim. Le cadre est superbe, îles tout autour, collines vertes et eau bleue. Vue de la mer, la ville se présente, comme une forteresse.
La promenade "intra-muros" ne manque pas de charme, rues dallées patinées par les incessants passages, ruelles sombres bordées de hautes maisons qui laissent découvrir un bout de ciel bleu tout en haut, échoppes diverses.
Nous dînons au restaurant et musardons encore un peu dans la ville illuminée, avec son cortège de marchands, d'acteurs d'un soir, de musiciens assis à un coin de rue.
Rentrés au bateau, nous profitons d'un concert sympa. Dans un café proche, un groupe joue, pas trop fort, de la bonne musique, avec en prime de jolis solos de guitare et de clavier.

Mercredi 27 juillet
Mais quelle galère !
Hier, on naviguait vers le nord et le vent soufflait du nord. Aujourd'hui, on a fait demi-tour, on se dirige vers le sud et le vent souffle du sud !
Depuis le départ, soit on reste coincé au port ou au mouillage, soit on navigue au moteur et grand-voile contre le vent et les vagues, ce qui est inconfortable. On n'a fait qu'une heure ou deux de voile pure depuis douze jours, lors de l'étape Unije-Ossor.
A midi, nous déjeunons dans une anse partiellement abritée avant de reprendre notre route. Le ciel, qui cette nuit était constellé d'étoiles (comme d'ailleurs presque toutes les nuits) s'est couvert d'une chape grise. L'Adriatique elle-même est grise.
De gros rouleaux lourds nous surplombent quand nous entrons dans le port de Rab, vers 15 heures. A se demander si on va s'en sortir de cette période d'instabilité qui dure depuis quinze jours. En attendant, nous profitons du ponton bien aménagé de Rab, pour faire la grande lessive du bord, dans le cockpit. Le bateau tout propre se transforme en étente à linge pour quelques heures, tandis que nous allons nous balader dans la ville.
Ce soir, nous nous attardons dans un restaurant situé dans une rue étroite, après avoir découvert les clochers, les ruines et les diverses églises alignées au-dessus de la mer. Rab, est une ravissante bourgade.
En fin de soirée, nous sommes aux premières loges, pour assister au feu d'artifice tiré sur le port. Et puis la pluie se met à tomber, tomber... des cataractes !

Jeudi 28 juillet

Il pleut toujours, ça dégouline de partout, le voilier, le linge qui séchait, les rues, les flaques... Nous pataugeons en tongs et cirés sur les trottoirs ruisselants et glissants. Après les courses, ça finit par se calmer.
Rab.
Au passage, colère à bord ! Tout est bon pour tirer profit du touriste voire l'arnaquer !
On essaie depuis le début du voyage de ne pas entrer dans les marinas qui coûtent plus du double des petits ports locaux. A Rab, notre guide nautique de 2010 indique un port. Or celui-ci n'existe pas ou plus. La marina s'est étendue partout.
Sans comptez les petites combines, genre bureau de change qui affiche en gros le prix d'achat des euros, alors que bien sûr en Croatie, tout le monde achète des kunas (dont le prix n'est pas affiché). Alors, comme on ne peut pas passer son temps à se méfier de tout, on se fait avoir et pour un euro, on récupère 7,06 kunas au lieu des 7,45 attendus et qui semblaient une bonne affaire. Alors forcément, on a changé le maximum ici ! Mais partout ailleurs, pour un euro, on avait eu 7,25 kunas !!!
Ajoutez à ça, que personne n'est capable de vous indiquer où se trouve la poste. Je leur montre quand même mes lettres prêtes à poster. Pas de poste ici, disent-ils ! Dans la grande ville de Rab ! Finalement, la poste existe, évidemment, à 300 mètres de là. Quand nous la trouvons par hasard, c'est trop tard, nos lettres sont dans une boîte qui sera relevée, dieu sait quand.
Bien sûr, on dira "C'est de bonne guerre" ! Mais que devient la côte croate, si les touristes, las d'être pris pour des pigeons, s'en vont ailleurs ?
Voilà enfin le soleil ! Nous quittons Rab en début d'après-midi en empruntant le canal de Barbatski qui se glisse entre les îles de Rab et Dolin, étroit chenal dont les rives toute proches défilent sur nos deux bords. Au bout de Rab, apparaît la côte croate, haute montagne aux flancs pelés au-dessus desquels les sommets s'habillent de vert. Entre Rab et la terre, dans le Velebitski Kanal, les ferries font la navette, avalant des files de voitures à n'en plus finir.
Dans la haute muraille rocheuse, s'ouvre un défilé, fjord encaissé aux eaux merveilleusement vertes. Nous entrons, moyennant 15 kunas par personne, cet endroit étant un parc national (la nature n'est pas gratuite en Croatie) et mouillons dans une sorte de piscine naturelle, tranquille, enchâssée entre de hautes parois aménagées en terrasses avec quelques arbres et bordée d'un sentier qui conduit à Jablanac à 1/2 mille plus au nord. C'est la baie de Zavratnica. La promenade en corniche, à l'à-pic des fonds bleus ou verts d'une limpidité absolue qu'on découvre jusqu'à 15 mètres, comme en plongée sous-marine, est fort plaisante. A Jablanac, nous observons un moment le ballet des ferries avant de regagner notre fjord paisible.
La nuit tombe dans un calme absolu... Que c'est bon ce silence total, ce silence-musique !

Vendredi 29 juillet

Une belle nuit... Des étoiles partout... Dommage il manquait la lune pour éclairer l'eau immobile mais elle était pleine il y a quinze jours et il n'en reste qu'un mince quartier.
Dès 5 heures du matin, des rafales isolées nous ont réveillés. Violentes mais courtes et se répétant à intervalles irréguliers. Vers 9 heures, après que Jean Paul soit allé vérifier l'état de la mer hors du fjord, nous décidons de partir vers Pag, pour parer à l'éventualité où ce vent s'installerait plus durablement dans la journée. D'autant que les cirrus et une baisse du baromètre laissent présager encore une dépression.
9 h 15, sortis du défilé, nous hissons la grand-voile...
9 h20, nous rentrons un bout de toile, en prenant un ris, car les rafales nous courbent déjà, alors que le génois n'est pas encore établi.
9 h 25, le vent qui déboule des montagnes lève une marée de moutons, nous abattons complètement la grand-voile. Le vent vient de monter à 41 noeuds, nous nous prenons des gifles d'eau par la bâbord. Pour arriver à être trempés par le côté, il faut que ça souffle vraiment fort... Surtout qu'on est au ras de la côte, donc sans eau à courir pour que le vent puisse lever la mer. 18 miles dans ces conditions jusqu'à Pag ! Non merci !
Demi-tour et retour à Zavratnica, havre de paix, seulement troublé par les rafales les plus violentes. On suppose que lorsqu'on ne sentira plus ces rafales, c'est que la situation sera meilleure en mer, car d'ici on ne voit rien !
Le gardien des lieux qui nous voyant revenir, vient nous demander 30 kunas comme hier, nous crie "bora ! bora !" Ah oui, c'est de la bora ! Comme l'an dernier à Scedro !
Mais cette fois, on est précisément sur la côte la plus exposée à la bora de toute la Croatie !
Dans l'après-midi, le vent semble s'apaiser, mais il est un peu tard pour partir. Nous sortons le taud, c'est la première fois depuis Novigrad, que nous le réinstallons. Quant à l'eau, la sonde de notre loch nous l'indique à 18° !
La nuit est tombée, le ciel a évacué tous les nuages de la journée et se pique d'étoiles. Le mouillage immobile n'est troublé que par quelques cris d'oiseaux et le bêlement d'une chèvre avant de retomber dans un silence impressionnant.

Fjord de Zavratnitca.

Samedi 30 juillet
Pluie... Pluie... Ciel uniformément gris... L'endroit a beau être magnifique, nous commençons à nous lasser d'être ici. Vers 10 h 30, un coin de bleu au-dessus de nous, nous engage à lever l'ancre. Nous voilà repartis vers Pag. A midi, nous déjeunons dans une anse de la côte croate, puis nous pointons l'étrave vers le port de Pag. Nous naviguons dans un passage d'eau large d'un mille et c'est agréable d'avoir de la terre sur les deux bords. L'île de Pag présente des collines désolées, bosselées comme des dunes de sable, sans doute l'effet de la bora, dévastatrice dans cette région. La côte continentale offre un mélange de végétation et de zones érodées. La mer, parfaitement calme (enfin) se réchauffe doucement et atteint bientôt 21°. Mais des cirrus, longs voiles fins à grande altitude, laissent craindre une nouvelle dépression. Croisons les doigts pour qu'elle passe derrière nous et pas devant !
La côte est de l'île de Pag est beaucoup plus échancrée que la côte ouest que nous avions découverte l'an dernier avec Alain et Blandine. Sur ce rivage, de nombreuses entailles dans les versants érodés, offrent des abris plus ou moins protégés, mais toujours colorés d'émeraude, tant que le soleil est présent.
Nous dépassons Karlobag, sur le continent, avant de nous glisser dans la profonde et vaste baie de Pag.
Mais celle-ci, tout abritée des vents qu'elle soit, n'est qu'un chaudron de sorcière à cause des nombreuses embarcations qui y circulent. Je m'installe sur le quai du port de Pag avec mon bouquin en attendant qu'il soit l'heure d'aller dîner en ville.
A notre retour, le plan d'eau s'est quelque peu apaisé, les bateaux étant maintenant rentrés. On est loin de l'immobilité parfaite, mais c'est acceptable. Comme nous sommes au bord du quai, nous baignons dans le brouhaha confus des passants, qui nombreux s'arrêtent pour regarder dans notre cockpit. Drôle d'effet que de faire son lit au milieu de la foule, même si du quai, ils ne peuvent voir l'intérieur de la cabine !
2 heures du matin... pluie... vent... Je ferme tout, le toit, la porte... On n'a plus d'air, il fait trop chaud... Les vagues se lèvent, clapotent... Cap Sounion danse... les pare-battage couinent... Je détends le pataras qui vibre... Pfff ! Quelle guigne !

 
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