Arrivés au Tana Plazza, nous ressortons à pied. Dans une rue proche de l'hôtel, se tient le grand marché du dimanche, quelques légumes, mais surtout vêtements, chaussures, jouets de pacotille, appareils ménagers, DVD et CD, camelote, quincaille, fritures diverses à grignoter.
Nous sommes sortis, sans appareil photo, sans pochette sur les conseils du chauffeur. J'ai juste pris mon porte-monnaie dans mon petit sac à dos, accroché devant et non derrière. Tana n'est pas une ville sûre, nous avons d'ailleurs fait le choix de n'y passer qu'une journée en fin de séjour. Dès la sortie de l'hôtel, quatre gosses de 12 à 14 ans nous entourent en tendant casquettes et chapeaux, comme pour mendier. Ils nous serrent de près, si crasseux que je n'ai pas envie qu'ils me touchent. Se montrant très insistants, ils lorgnent mon sac à dos et nous fourrent leurs casquettes sous le nez ! Nous réussissons à nous en débarrasser après quelques "NON" catégoriques et sans doute après qu'ils aient constaté que nous n'avons que ce sac à dos que je tiens fermement devant et dont les deux lanières sont passées sur mes épaules.
De retour à l'hôtel, nous lisons dans l'ascenseur puis dans le guide de Madagascar, qu'il faut se méfier de ces lascars qui opèrent par trois ou quatre, les uns faisant diversion, tandis que celui qui brandit son chapeau pour nous boucher la vue, se sert dans les sacs. Nous avons eu le nez fin d'être sur nos gardes. De toutes façons, les enfants qui mendiaient ailleurs, ne l'ont jamais fait avec cette insistance et cette agressivité.
Alors que la population dans le reste du pays, nous a paru accueillante, et mendiant peu, à Tana, depuis le jour de notre arrivée, je suis circonspecte... Ricanements des jeunes, regards provoquants... On n'a pas envie de mettre un pied dehors, dès que le jour baisse.

Lundi 24 octobre
Nous quittons Tana, par la N 2, en direction d'Andasibe. Comme les autres jours, le soleil est au rendez-vous. La ville saturée d'automobiles, baigne dans les effluves de gas-oil.
A Mamanzakandriana, nous traversons le marché en 4x4. Haut en couleurs ! En effet, la piste que nous allons suivre jusqu'à Mantasoa, s'accroche à la nationale au coeur du marché.

Sur le marché en voiture.

Dans les rizières, les femmes prélèvent des paquets de plants de riz dans les pépinières et les repiquent brin par brin. Ailleurs, des boeufs attachés deux à deux par un joug, piétinent les mottes de terre trempées pour les émietter. Des hommes retournent la terre avec leurs longues pelles aiguisée pour pénétrer l'argile. Près d'une maison, deux hommes frappent en cadence à l'aide de grosses masses, un fer plat qui va devenir pelle.
Dans un champ, deux boeufs tirent une herse sur laquelle un homme est monté pour faire poids, afin qu'elle s'émiette plus profondément.
La piste n'est que bosses et trous d'eau. Les rizières à perte de vue tapissent la large vallée au-dessus de laquelle nous roulons. Tous les verts sont représentés depuis le vert jaune des pousses tendres jusqu'au vert dur des épis plus avancés avec les nuances qu'apportent les plants plus ou moins denses, les parcelles plus ou moins mouillées. Parfois, nous avançons au pas des charrettes que nous suivons, parfois sur quelques dizaines de mètres nous atteignons des pointes à 15 ou 20 km/h, avant de rebondir bientôt de bosses en crevasses, de cailloux en "nids d'autruche" inondés.

Sur la piste vers Mantasoa.

Mantasoa... Nous y voilà ! 2 h 30 de route pour 60 km ! Dur dur !
Arrivés à destination, nous tournons encore une heure pour trouver le tombeau de Jean Laborde, consul et architecte ayant créé au 19 ème siècle les palais à Tana ainsi que la fonderie de Mantasoa que nous allons voir ensuite. Il fait bon déjeuner au bord du lac, dans un jardin fleuri, abrité du soleil cuisant, par un grand parasol. Repos du guerrier bien mérité après cinq heures de piste défoncée, pour atteindre ce restaurant Riverside !
Nous reprenons la piste, la région regorge de lacs. Arrêt technique en pleine nature, la roue est crevée, on entend l'air jaillir du pneu tubeless, comme à Ranohira.
Peu après nous regagnons la N 2 et découvrons bientôt à Ambodiamontana, la réserve Pereyras, deux crocodiles, quelques serpents et boas constrictors en cage dans ce mini-zoo, mais surtout une importante collection de caméléons de belle taille.

Les gens bleus
A Madagascar, il ne faut pas dire que les gens sont noirs, mais bleus. Si en ville, on commence à accepter le terme "noir", il n'en va pas de même à la campagne, où c'est toujours considéré comme une insulte.
Le bleu est la couleur du sacré !

Arrivés à Andasibe à 17 heures, nous nous rendons directement dans une réserve privée. En une minute, une pirogue nous dépose sur l'île aux lémuriens. Quel accueil ! Ils sautent sur nos épaules, nos têtes, tout doux, sans griffer, véritables peluches vivantes. C'est un vrai festival !

Lémuriens envahissants !

Un bébé s'accroche à sa mère, le lémurien danseur, ainsi appelé parce qu'il marche en une sorte de pas chassés et se déplace avec une grande élégance, descend du haut d'un arbre pour attraper le bout de banane que lui tend le guide local. Toute la petite troupe nous suit tandis que nous avançons sous les arbres. L'un d'eux saute juste au-dessus de Jean Paul en un bond de branche à branche.
Dans ce parc, nous avons rencontré les lémuriens bruns ou fauves, les Varis (noir et blanc), les bambous (plus petits) et les Danseurs.
La nuit va tomber, nous nous rendons à l'Andasibe Hôtel. Notre lodge, sous les arbres, est un véritable appartement : salle, salon, table à manger, table de salon, canapé et fauteuil, living-room et télé grand écran plat, meubles tout en bois sur un beau parquet au rez-de-chaussée. Au-dessus une mezzanine avec un lit géant et une salle de bain royale, baignoire à laquelle on accède par deux larges marches, lavabo transparent, robinetterie moderne.

Mardi 25 octobre
La visite du parc d'Andasibe commence par la rencontre avec un boa lové dans l'herbe tranquille. "Pas de danger" dit le guide ! J'ai quand même préféré les câlins avec les lémuriens hier.
Ici, c'est la forêt humide, située à 800 m d'altitude et recevant 1700 mm de pluie par an. 70 % des plantes rencontrées dans ce parc sont endémiques de Madagascar.
Nous marchons dans une allée ombragée avec en fond sonore les "bavardages" des lémuriens, de longs cris stridents. Notre guide nous explique que les lémuriens possèdent trois cris différents, un pour l'amour, un pour la communication, un pour donner l'alerte.
De temps à autre, nous devons quitter le sentier d'un mètre de large environ, et nous faufiler dans la forêt sans chemin, en écartant les branches et en évitant les racines. Mais c'est moins difficile qu'à Ranomafana, car il n'y a pas trop de dénivelé. Concert de lémuriens, cris des oiseaux, l'air bruisse de mille sons.
Nous apercevons assez facilement le lémur brun qui se nourrit de fruits et l'Indri Indri (noir et blanc) le plus grand de tous, qui préfère les feuilles.

Le parc d'Andasibe
L'entrée pour un malgache coûte 1000 ar. alors que les touristes paient 25 000 ar pour la visite. Ils apportent donc une aide directe au parc, par les droits d'entrée, mais également une aide indirecte, dans la mesure où les locaux préservent désormais la nature, en protégeant la faune et la flore, afin de la faire visiter aux étrangers.

L'Indri
Il peut vivre 25 à 40 ans, il donne naissance à un petit tous les deux ou trois ans, mange 1,5 kg de feuilles par jour et ne boit pas. Sa main possède quatre doigts attachés par une membrane et un pouce opposable. Il vit entre 800 et 1200 m et entre 10 et 30°. Il ne peut s'adapter à la vie en zoo et meurt si on essaie de l'adapter ailleurs. Son principal prédateur est le fossa.

Au creux d'une branche, dorment trois petits lémuriens nocturnes, roulés en boule, les uns contre les autres. A quelques pas de là, un couple de lémurs dorés (les danseurs) mangent sur une branche tandis que leur bébé escalade le dos de sa mère.
Le retour par d'étroits sentiers au bord de l'eau est un régal de silence, chants d'oiseaux, bruissements d'ailes, crissements de feuilles sous nos pas. La forêt respire, s'ébroue, dans un souffle d'air chaud. Glissement d'un tilapia (poisson) dans l'eau brune... Sous la frondaison des arbres, l'humidité pèse dans l'air chaud... Odeurs de plantes tièdes quand on traverse une zone au soleil...
Après trois heures de marche, nous retrouvons notre chauffeur et déjeunons sur une terrasse en bois qui domine une jolie rivière brune. Nous profitons avec bonheur de ces derniers jours au soleil, ce n'est pas à notre retour en Normandie, que nous pourrons manger dehors.

Mercredi 26 octobre
Dernier jour... Appuyé au bord de la terrasse du Tana Plazza, à Tananarive, nous observons l'avenue de l'Indépendance.
A 8h30 Nous partons pour Ambohimanga, la colline sacrée, à 35 km de Tana. L'endroit baigne dans l'odeur délicate des jacarandas en fleurs. Nous entrons dans le palais du roi, la guide nous raconte une étrange histoire... Le roi, de peur d'être empoisonné, quand il recevait du monde, grimpait par les hauts piliers de palissandre, entaillés d'encoches, pour se cacher à dix mètres de hauteur, sur la poutre transversale au ras du plafond. S'il pensait qu'il n'y avait pas de danger, il redescendait alors. Il habitait là avec sa favorite, mais avait onze autres femmes, une sur chaque colline de Tana, qui au total en comprend douze.
La reine qui habita plus tard ce palais, avait elle, la peur d'être empoisonnée, elle avait donc fait installer un buffet avec huit miroirs dans lesquels elle surveillait le personnel dans son dos, depuis la table où elle mangeait.
L'endroit est encore sacré pour certaines personnes. Elles boivent l'eau croupie du bassin du roi et mettent des poissons rouges dans celui de la reine.
Les restes du roi reposent dans un tombeau, le corps posé sur la terre — on dit qu'il a tourné le dos — tandis que l'âme vogue dans la partie haute de la colonne en bois de palissandre, parce que le bois comme l'âme est vivant. Malgré l'altitude de 1468 m, la chaleur est cuisante.
En revenant sur Tana, nous nous arrêtons pour photographier un lavoir public où s'activent de nombreuses laveuses professionnelles. A côté la queue est longue pour remplir les bidons d'eau.

Tananarive.

Entre Tana et la campagne, c'est un monde de différence. Ici, tous les commerces sont représentés, on voit de belles voitures (les riches), ici ou là le crédit agricole, la mode de Paris, vêtements, bijouteries, photos... et partout informatique, photocopies, scans, saisie, recharge téléphonique, lecture de mails sur les téléphones.
La technologie moderne est arrivée à Madagascar, mais elle n'est pas à la portée de tous, alors ils vont dans des lieux publics et ne paient pas plus de 200 ar pour dix minutes d'Internet.
Nous longeons le lac Anosy bordé de jacarandas bleus de fleurs, dans le quartier bas de Tana. Après le déjeuner, nous montons à la ville intermédiaire où se tient le bureau du président, puis à la ville haute pour voir le palais du premier ministre et le Rova de la reine dont il ne reste que la façade, à cause d'un incendie survenu en 1995.
Nous finissons la journée en marchant dans la ville et en montant de nouveau à la ville intermédiaire par l'escalier situé au bout de l'avenue de l'Indépendance. Après le dîner, Hary vient nous chercher et nous conduit à l'aéroport pour 22 heures. L'avion aurait dû décoller à 0h55, mais l'embarquement ne commence qu'un quart d'heure avant et qui plus est, tous les sacs sont fouillés un à un, les passagers passés au scanner à main, alors que sacs et gens sont déjà passés au scan avant d'arriver dans la salle d'embarquement. Sans compter les multiples vérifications de passeports !!! Finalement, nous décollons à 1h45
Tananarive.

Jeudi 27 octobre
Nous survolons le Mont Blanc. Superbe ! Puis le lac de Genève...
Et à 11 heures une vue exceptionnelle sur l'Arc de Triomphe, l'Etoile, les Champs Elysées, ce qui est très rare ! Dommage, je n'avais pas mon appareil sous la main et je n'aurais pas eu le temps de le sortir du sac enfoui dans le coffre au-dessus de nous ! Tant pis !

Kilométrage total en voiture : 3440 km

Note :
Toutes les infos rapportées dans ces pages, sont à considérer avec une possible marge d'imprécision; c'est au fil des rencontres et des récits de notre chauffeur et des guides locaux, que je les ai récupérées.

 

 
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