Mardi 5 mai

Cette nuit, un hérisson est venu nous rendre visite, je l'ai entendu fouiller dans la poubelle et quand j'ai ouvert la porte, il était à mes pieds. Ce matin, c'est une pie qui s'est promenée sur le toit de la caravane, au lever du jour. Le ciel est très bleu aujourd'hui, les nuages orageux des jours précédents ont disparu.
Nous partons pour la journée. Bientôt, Simiane se détache sur un joli fond azur.

Simiane la rotonde
Simiane
Au sommet du village, le château du 11ème siècle, construit sur un éperon rocheux, culmine à 720 mètres. A ses pieds, s'est édifié le bourg médiéval. C'est dans une partie du donjon d'origine qu'a été aménagée la rotonde, le plus ancien donjon circulaire de Provence. De la terrasse, on découvre au loin, jusqu'aux dernières plaques de neige, de la montagne de Lure.
Le village est tout en ruelles empierrées, escaliers, voûtes et fleurs. Il y fait frais ce matin, les pierres n'ont pas encore eu le temps de se gorger de la chaleur du soleil. Une église avec son cadran solaire et sa cloche unique, de vieilles portes, des poutres en bois qui enjambent les rues étroites... Il suffit de tendre les bras pour toucher les murs des maisons de chaque côté. Comme dans les autres bourgades, l'ambiance est sereine et apaisante. En accord avec l'environnement, nous ralentissons le pas et parlons bas.
La matinée s'achève, nous déjeunons à quelques kilomètres de là, au restaurant des lavandes à Monieux, sur une grande place ombragée par les platanes et les marronniers, avec vue sur la montagne. Les chants des oiseaux égaient cette terrasse tranquille en plein coeur du bourg.

[Voir les photos de Simiane]

Après quoi, nous prenons la route du Mont Ventoux. Arrivés tout en haut, à 1910 mètres, un vent cinglant et glacial balaie tout. La voiture est secouée par les rafales, paysage érodé, versants pelés, le tableau est insolite. Il faut s'arc-bouter pour ouvrir la portière contre le vent. Tenir debout pour prendre une photo est un petit exploit, je dois lutter pour ne pas reculer. J'ai rarement vu un vent pareil ! Et on est en short ! Bon courage aux nombreux cyclistes que nous avons rencontrés.

Mont Ventoux

Sur la route de Flassan, ce ne sont que pieds de vigne (c'est le royaume du vignoble des côtes du Ventoux), pêchers, cerisiers, oliviers, nous traversons des kilomètres de vergers. Flassan apparaît, village ocre, par ses toits, par ses façades, toutes à l'unisson, même le ciment qui joint les pierres est dans le ton. Une mairie ancienne, l'éternelle fontaine sur la place, voilà un village bien sympathique au-dessus duquel le Ventoux aux versants arasés monte la garde.
Nous revenons par les gorges de la Nesque, route en lacets à flanc de montagne, qui longe le sillon profond percé par la Nesque. Roches à pic, parois abruptes, et tout au fond le ruisseau invisible qu'on sait être là, mais qu'on ne voit pas. La main d'un sculpteur géant a dessiné cette blessure dans la montagne et façonné les rochers qui la surplombent pour dissimuler un filet d'eau dans le creux. La route nous ramène dans le val jusqu'à Sault. A l'approche de Banon, les champs se couvrent à nouveau de lavande, hélas non fleurie en cette saison. Tiens, les vacances sont finies, le collège de Banon a rouvert ses volets, mais il est 19 heures, la place est déserte. Nous rentrons à la ferme et après le dîner, lecture et guitare, comme tous les soirs...

Mercredi 6 mai
En début de matinée, sous un ciel peint en bleu et blanc, nous entrons dans Cereste, village du Luberon, au seuil de la Haute Provence.

Cereste
Nous musardons dans les petites rues bordées d'imposantes maisons, aux portes surmontées de poutres vermoulues, ou de solides arcs de pierres. Tranquille place des marronniers avec sa fontaine silencieuse, porte Notre Dame, vestiges des remparts d'antan, vieilles pierres encore fraîches de cette nuit, nous sommes seuls dans les rues.

Reillanne
Un escalier fleuri nous emmène à l'église Saint Denis, sentinelle protégeant le village. Les douze coups de midi nous accueillent sur la terrasse herbeuse qui offre un panorama circulaire sur les vieux toits et la campagne environnante, damier de verts et de jaunes.
Dans ces minuscules bourgs, où en ce mois de mai, ne passent pratiquement pas de voyageurs, les habitants nous saluent tous, nous indiquent parfois spontanément quelques curiosités de l'endroit... impression que ces villageois prennent le temps de vivre...

Le bon accueil des gens du sud n'est pas une légende, mais qu'en est-il quand on s'y installe à long terme ? Je connais plusieurs personnes qui à la retraite y ont acheté une maison, mais n'ont pas réussi à s'intégrer durant de longues années. Y passer ses vacances, c'est autre chose !

Sur la route de retour, vers Forcalquier, se découvre dans le lointain, la longue chaîne des Préalpes, complètement enneigée, vision insolite sous ce chaud soleil et ce ciel uniformément bleu.
Après le déjeuner, nous visitons l'observatoire de Saint Michel et son télescope de 1,93 m de diamètre maintenant supplanté par plusieurs autres en Europe et en Amérique (jusqu'à onze mètres de diamètre).
Observatoire de Saint Michel

Quand nous quittons Saint Michel, il fait très chaud. Nous arrivons à Mane par une alignée de platanes dont la voûte ombrage la route.

Mane
Un raidillon empierré permet d'atteindre les remparts intacts de Mane. De là-haut, on peut voir la montagne enneigée, Forcalquier, sur son éperon rocheux, les coupoles de l'observatoire, les toits de la bourgade, et la vallée exceptionnellement verte à cette époque, parce que nous a-t-on dit, il a beaucoup plu cette année, bien plus que d'habitude. L'ombre des maisons est bienfaitrice pour la descente. Cinq coups résonnent au clocher... Pause de quelques minutes avant de reprendre la voiture.

On a fini par aller voir les Mourres qu'on avait ratées l'autres jour... Sous le soleil, au milieu des roches sculptées par l'érosion, il fait encore très chaud, bien que la journée s'achève, surtout que ces sentiers crayeux, qui montent et descendent, ne sont pas de tout repos !

Jeudi 7 mai
Entre Volx et Manosque, les talus de la nationale sont couverts par endroits de tapis de coquelicots éclatants. Sur fond de blé vert et sous l'azur du ciel, cette vision évoque immanquablement Monet. En arrivant sur Manosque, ce sont des champs entiers qui se colorent d'écarlate.

Entre Volx et Manosque

Manosque
La petite ville de Manosque est organisée autour de son centre ancien. On peut en faire le tour en voiture par une rue en sens unique, et une fois garé, pénétrer dans la zone piétonne, par une des deux portes de la cité. Nous musardons de placette en fontaine, jetant un oeil aux petites boutiques, dans l'espoir de dénicher quelques cadeaux pour nos petits enfants. L'ombre des murs est un plaisir, parce que la matinée est chaude. Au retour, je fais quelques photos de coquelicots à Volx, avant que nous ne rentrions déjeuner au soleil, près de la caravane, à une toute petite distance de là.

Pierrerue
Sur la place de l'église, la fontaine chantonne auprès d'un gros olivier qui remplit l'espace. De nombreux volets sont fermés et plusieurs maisons sont à vendre. Ce n'est pas le seul village, d'ailleurs, où nous avons vu des vieilles maisons en vente. Un peu plus bas, un lavoir rénové, mais justement trop neuf –et loin du charme de celui de Volx– murmure inlassablement.

Pierrerue

Notre errance nous entraîne ensuite à Lurs, par une petite départementale qui grimpe vers le ciel pur.

Lurs
Le bourg apparaît, accroché à flanc de coteau, avec ses maisons harmonieusement exposées au soleil. Aux pieds de Lurs, la Durance s'étale paresseusement, au milieu des oliviers, sous le regard glacé des blanches Alpes. Dès la voûte du beffroi franchie, c'est un dédale de ruelles entrelacées. Le sol, les maisons, tout est construit à partir des mêmes pierres qui s'assemblent presque sans rupture.
A partir du château, la verte allée des évêques, bordée de quinze oratoires, conduit à la chapelle Notre Dame de Vie, d'où l'on peut admirer le paysage sur 360 degrés. Nous redescendons par la ruelle qui longe le minuscule théâtre antique, puis par un chemin extérieur au bourg, dont la vue porte sur la vallée aux mille verts, tandis qu'une cloche cristalline sonne quatre fois. Lurs est plaisant tant par le charme de ses vieilles maisons, que par la possibilité qu'il offre d'aller se balader dans la nature, hors des murs du village... Un petit coin sympa !

[Voir les photos de Lurs]

Pour gagner les Mées, nous traversons une forêt de conifères odorants, des senteurs de résine exacerbées par la chaleur, nous enveloppent au long des lacets de cette minuscule route qui s'approche lentement de la Durance sur sa droite, tandis que sur sa gauche elle côtoie le petit canal de Manosque, prisonnier dans ses bordures de béton.
Au-dessus du village des Mées, se dressent sur plus de cent mètres de haut, d'étroits et imposants rochers qu'on appelle les Pénitents à cause de leur silhouette évoquant des moines avec leurs capuchons pointus. La légende dit que ce sont les moines de Lure qui ont été pétrifiés, pour s'être épris de jeunes mauresques qu'un seigneur, au temps des sarrasins, avait ramenées d'une croisade.

Pour finir, nous sommes finalement allés jusqu'à Digne pour trouver les quelques cadeaux qui nous manquaient encore.

La caravane dans le pré du Bas Chalut

Vendredi 8 mai
C'est notre dernière journée à Forcalquier, cet après-midi, nous partons avec la caravane, pour aller chez nos amis à Nîmes. Notre ultime balade sera pour une localité situé sur la route de Manosque, Villeneuve, petit bourg ramassé autour de son église, perché en haut d'une colline comme tant d'autres. Encore un village avec une Rue du Château, une Grande Rue et une placette !
Tous ces petits pays ont beaucoup de charme, mais si, parmi tous les villages de caractère que nous avons parcourus, il fallait n'en voir que trois, incontestablement, je dirais : Banon, Dauphin, Simiane.

Voir mon article sur les villages perchés de Haute Provence sur 100 Détours M@G.

Retour par Volx, Saint Maime et Forcalquier... Déjeuner... Rangement et départ pour Nîmes où nous passons une agréable soirée avec nos amis.

Samedi 9 mai
Vers 15 heures, nous quittons le sud, pour rentrer en Normandie, avec une grande pause à Mâcon en soirée, dans un sympathique restaurant chinois sur les bords de la Saône.

Dimanche 10 mai
Arrivée en Normandie.
Kilométrage total : 2940 kilomètres.

Villages visités.
Les lieux que nous avons visités sont soulignés en bleu.

 

 
Voir les photos de la région Provence-Côte d'Azur

 

 
Menu Journal Page précédente Vous y êtes ! Recette Accueil PACA Tourisme