Vendredi 16 juillet
A midi, nous entrons à Zadar, pour déjeuner, mais il s'avère presque impossible de trouver une place à quai. Finalement, nous nous attachons à couple d'un autre bateau et aussitôt le repas terminé, nous filons en mer. Tout l'après-midi, nous naviguons vers l'anse de Gnac au sud-est de l'île de Pasman. Un joli mouillage aux eaux vertes où se reflètent les pins plantés sur la rive... Minuscule baie, vite remplie par quelques bateaux, mais fort agréable... 23° dans l'eau... Un petit bain nous rafraîchit du cuisant soleil de l'après-midi.
La nuit est tombée, rien ne bouge, l'endroit pourrait être génial, si comme souvent, il n'y avait pas une bande de tapageurs sur un ou deux bateaux ancrés là. Quand on est au mouillage, on pourrait imaginer être au calme, car assez éloignés les uns des autres. En fait, il n'en est rien; les gens en profitent pour crier, s'esclaffer en gros rires, discuter à tue-tête, mettre de la musique la moitié de la nuit... tous bruits qui se répercutent sur l'eau. Et c'est le même scénario presque tous les soirs... Aucun respect des autres... Il en suffit d'un ou deux pour polluer toute une baie et troubler la paix de dizaines d'autres silencieux et cela fort tard dans la nuit. Bien sûr, les mouillages les plus sûrs et les plus beaux, sont aussi les plus fréquentés.

Samedi 17 juillet
Halte à midi pour déjeuner dans un mouillage de l'île de Murter dans une eau à 24°, émeraude au milieu et vert foncé sous l'ombre des pins.
Après quoi, une longue glissade dans le vent, entre îles et îlots, nous emmène jusqu'à Primosten, dont nous reconnaissons la silhouette familière bien que 26 ans que se soient écoulés depuis notre dernier séjour ici.

Primosten.

Toujours beaucoup de charme dans ce village ancien, malgré les énormes bateaux à moteur qui occupent plus de la moitié du petit port resté en l'état !
Notre grand plaisir quand il fait chaud : remplir le cockpit d'eau et patauger en lavant le linge, en remplissant les bidons, en rinçant le sel déposé partout... Eau fraîche, eau douce, que c'est bon !
Ce soir, nous dînons d'un mixed grill à une terrasse de restaurant.

Dimanche 18 juillet
Nous grimpons jusqu'à l'église de Primosten au sommet du village. Nous la retrouvons comme dans notre souvenir, au milieu de la verdure, des fleurs et des cigales. Un banc à l'ombre nous accueille un petit moment, puis nous redescendons pour faire les courses. Nous fondons littéralement sous le soleil !
Après déjeuner, nous filons vent arrière vers Drvenik, où nous jetons l'ancre vers 17 h 30 dans un mouillage protégé de toutes parts, auquel s'accole un vieux village aux maisons en pierre. Quelques barques locales, cinq ou six voiliers au milieu et tout autour les collines couvertes de pins... La cloche de l'église égrène les heures et le soleil ne faiblit pas. Nous avons bien fait d'acheter ce nouveau taud qui nous assure une plus grande surface d'ombre.
Vers 20 heures, une barcasse locale nous aborde, pour nous faire payer une taxe de 30 kunas, alors que nous sommes amarrés sur notre propre ancre. On a déjà payé une somme considérable à l'entrée dans le pays, pour avoir le droit de navigation et le droit de séjour du bateau, et il nous faut encore payer le droit de jeter "notre" ancre dans une baie, sans la moindre installation pour les visiteurs !

Drvenik.

Lundi 19 juillet
A midi, nous déjeunons dans l'anse Necujam, sur l'île de Solta. La baie est bordée de petits quais qui pourraient permettre le débarquement en s'amarrant par l'avant, avec une ancre sur l'arrière. Quelques maisons se dissimulent sous les pins, les palmiers et les bougainvillées. Dans l'après-midi, nous naviguons entre les îles de Brac et Solta en direction de Hvar. On se croirait enfermé dans un vaste lac avec des terres tout autour et juste un passage pour gagner des eaux plus ouvertes. Après le passage de ces portes de la mer, le bateau s'échappe en une belle envolée au largue puis au vent arrière jusqu'à Stari Grad, ravissante ville aux demeures anciennes, au pied de laquelle, nous lançons les amarres sur le quai qui borde le fond de la baie.
La ville est parcourue de ruelles étroites et pavées, pleines de charme, comme les villages perchés de Haute Provence; le port, encombré de barques locales, évoque Pagnol; un petit marché propose quelques fruits, légumes et vêtements.
Ce soir, après dîner, nous flânons un moment dans la nuit douce et colorée, tout en dégustant une glace.
Pendant ce temps, Cap Sounion, intégré au décor, se balance au cœur de l'animation du port.

Mardi 20 juillet
Au lever, il fait déjà 32° dans la cabine. La nuit a été courte, les gens sur les bateaux parlant tout haut dans leur cockpit jusqu'au milieu de la nuit. Comme on est bord à bord et tout grand ouvert, on profite du moindre bruit. J'ai vu le ciel s'éclaircir vers 4 h 30 et le jour se lever peu après, avant que je m'endorme enfin.
Beaucoup de vent, mer plate, le rêve pour filer vite sans être secoué ! A 13 h 30, nous jetons l'ancre pour la pause-déjeuner dans l'anse de Nedomilsalj au milieu de collines de pins et dans une eau vert émeraude qui révèle des fonds de sable clair.

Nedomilsalj

Arrivée sous voiles, départ sous voiles, pas de moteur, c'est super ! L'ancre à peine relevée, Cap Sounion prend le vent et décolle... 5,5 nœuds... 5,8 nœuds... Je garde la barre parce que ça file ! Il fait frais sous le soleil brûlant ! Pourvu que ce temps dure ! On a navigué presque chaque jour à la voile, parfois avec l'aide du moteur en fin d'après-midi, quand la brise tombait, mais souvent aussi, rien qu'à la voile.
Jelsa... un port ravissant, préservé, à l'ancienne... Maisons de pierre autour de l'église, quais bas... Sur la côte nord de l'île de Hvar, on retrouve la Yougoslavie d'autrefois, loin des marinas qui ont essaimé un peu partout sur le littoral croate.

Au détour d'une ruelle, comme jadis, une femme en noir vend ses fruits, légumes et bocaux de conserve à domicile. Les rues étroites offrent des échappées sur le ciel, les fleurs, les orangers, que surplombent des balcons en pierre. Peu à peu, les quais se remplissent de bateaux voyageurs, les lumières s'allument, les gens déambulent.

Mercredi 21 juillet
Sucuraj est un minuscule port au bout de l'île de Hvar, signalé par un phare ravissant planté sur une langue de pinèdes.
Pour l'atteindre, l'étape m'a paru longue, presque 24 milles avec vent arrière au début et moteur ensuite, sous un soleil de plomb, la voile ne procurant aucune ombre sur le bateau. J'ai bien installé une grande serviette de bain pour me protéger des rayons ardents, mais il n'y avait pas d'air. Au vent arrière, on ne sent pas le vent et le bateau roule beaucoup, ce n'est pas une allure très agréable, à l'exception d'un grand moment où on a pu mettre les voiles en ciseaux et prendre les vagues pile derrière. Le bateau était alors à plat et surfait à grande vitesse sur l'eau.
Mais bientôt le vent a trop faibli et on n'a pas pu continuer. A Sucuraj, nous sommes allés à pied jusqu'au phare dans l'odeur

Vente à domicile.
des pins, sous les bougainvillées, les oliviers et les figuiers. Après quoi, nous avons dîné au bord des quais, de petits calmars grillés, sous le regard bienveillant de la lune.

Jeudi 22 juillet

Nous voilà à 13 heures à Korcula, petite merveille de la Croatie. Au pied des collines boisées, elle s'étend sur un promontoire entouré par la mer. Nous sommes partis tôt ce matin pour avoir une chance de trouver une place au port, ce qui n'était pas gagné d'avance selon notre guide nautique, mais aussi parce qu'un vent contraire assez fort était annoncé pour l'après-midi. Et en effet, alors que nous sommes à l'abri et que la marina se remplit peu à peu, le vent siffle dans les haubans et secoue le taud.
Nous nous promenons dans Korcula... Ruelles étroites, balcons de pierre, belles demeures aux tuiles latines, linge qui bat au vent, bougainvillées, caoutchoucs géants... Le plan de la ville suggère une arête de poisson avec sa rue centrale d'où descendent de part et d'autre des ruelles parallèles qui toutes rejoignent la mer. Le vent rafraîchit l'atmosphère et il fait bon marcher à l'ombre des grandes maisons de pierre.
Après avoir dîné à proximité du port, nous retournons dans la vieille ville à la tombée de la nuit, pour en goûter l'atmosphère du soir. C'est animé, gai et coloré...

Vendredi 23 juillet
Partis après déjeuner, nous commençons par tirer des bords, mais le vent de face faiblit. On n'avance plus. Le moteur nous vient en aide. Nous n'arriverons au mouillage de l'île de Scedro qu'à 19 heures. Une chaude odeur de résine enveloppe le bateau dès que nous nous en approchons et les cigales chantent à tue-tête.

Quand la nuit tombe, la mer se change en un miroir qu'éclaire la lune pleine. Entre 22 et 23 heures, c'est le ballet des annexes à moteur qui troublent la paix, mais une fois tout le monde rentré à son bord, un silence magnifique s'étend sur la baie... On entend juste quelques crissements de cigales noctambules, le bateau est parfaitement immobile dans le calme.

Samedi 24 juillet
Dès le réveil, l'eau verte nous appelle pour une petite trempette au son des cigales ranimées elles aussi. Les collines qui nous entourent, dressent leurs verts contre les montagnes illuminées de soleil en arrière-plan. Le bateau baigne dans une palette d'émeraude, de turquoise, de bleu ciel...
13 h 30 : Tentative de départ... Aussitôt sortis de la baie, Cap Sounion se couche avec la grand-voile seule, les vagues éclaboussent devant. Même pas la peine de hisser le génois, on va être trempés, en tirant des bords carrés, et avec le moteur ça va taper dans les vagues... Retour dans notre mouillage aux couleurs de rêve ! On remet le taud, on se glisse dessous à l'ombre, avec le vent frais, c'est génial. On n'est pas pressé de toutes façons, on a deux jours d'avance sur notre programme pour retrouver Marafaniou à Landin.

Scedro, la nuit.

C'est qui Marafaniou, au fait ?
Marafaniou est un pneumatique semi-rigide de 5,50 m équipé d'un moteur de 115 chevaux sur lequel nos amis Alain, Blandine et les enfants vont nous rejoindre. Comme nous, ils vont mettre leur bateau à l'eau à Grado, laissant voiture et remorque dans le chantier et descendre le long de l'Istrie pour gagner entre les îles, la baie de Landin où ils ont retenu une location "Robinson" sur l'île sauvage de Pasman... Un périple de quelques 150 milles avant qu'on se retrouve tous.

Finalement, le vent ne mollit pas et nous restons au mouillage tout l'après-midi. Mais comme l'ancre dérape, nous cherchons un endroit mieux protégé. Maintenant, le bateau tient bien sur le fond, cependant à l'abri du vent, il fait trop chaud et nous ne voyons plus du tout l'état de la mer. Nous retournons donc dans le courant d'air plus frais, face au large. Comme le vent souffle de terre, ce n'est pas un problème !
Ce soir, la nuit semble vouloir apaiser Eole, mais il faudra attendre 22 heures pour qu'il faiblisse et devienne tiède. La lune, encore, veille sur nous...

 

 
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