Lundi 6 décembre
Le petit déjeuner de l'hôtel Chuong Dong au bord du Mékong, dans un cadre agréable, bien que la terrasse ressemble plus à une cantine qu'à autre chose, nous surprend. Pas de buffet comme partout, où on a pris l'habitude de se régaler de crêpes, pan-cakes, viennoiseries, oeufs durs, fromage et où sont également proposés de vrais repas à l'américaine que nous ne prenons jamais. Ce matin, on nous présente une carte avec, au choix, un saladier de soupe vietnamienne, des vermicelles au porc, du pain, de la confiture, du fromage, pas de jus d'orange mais du jus de citron, et puis café, thé...
Nous commandons pain, confiture, fromage, café, jus de citron chacun. Et voilà le plateau qui arrive avec deux pains de la taille de bâtards, deux cuillers à soupe de confiture, deux portions de "vache qui rit", deux cafés et deux thés. Nous rendons le thé en réclamant des jus de citron comme prévu. Ils arrivent tout fumants... avec de l'eau du Mékong peut-être... Bon, sans doute pas, mais avec la chaleur qui règne déjà ici, on n'a pas besoin de citron chaud.
Quant à pouvoir obtenir un peu de lait dans mon café, la belle affaire ! Personne ne comprend l'anglais, je le demande dans diverses langues : "milk, lait, latte, leche"; rien n'y fait ! Jean Paul pousse alors un "meuh" retentissant et mime la traite d'une vache. On m'apporte aussitôt un petit verre de lait concentré sucré, qui une fois versé dans le café, en fait un truc sirupeux que j'abandonne finalement, car je ne sucre jamais le café.
A 8h30, nous montons sur un bateau pour une nouvelle croisière de trois heures sur le Mékong. Devant nous, le troisième pont suspendu, construit par les Vietnamiens, enjambe les fleuves. Le soleil tape dur. Sur notre gauche apparaît un village flottant. Sous les maisons, sont installés des viviers pour la pisciculture. Ici, le Mékong mesure 3 km de large. A sa surface flottent quelques jacinthes d'eau.
Premier arrêt : nous visitons une fabrique familiale de caramels de noix de cocotiers d'eau. Sous nos yeux, la pulpe écrasée est pressée, pour donner le lait de coco qui sera cuit 45 mn dans un four artisanal, le combustible étant les écorces de coco après que les fibres en aient été récupérées pour fabriquer des tapis. Quant aux feuilles, elles sont utilisées pour couvrir les maisons.
Le caramel chaud est versé dans des moules, coupé et enveloppé dans des feuilles de papier de riz comestibles, puis emballés pour être vendus. C'est bon, nous en achetons quelques paquets. De retour au bateau, on nous offre une grosse noix de coco percée et munie d'une paille pour en aspirer l'eau.
Nous naviguons entre des îles dont Dung nous dit qu'avec les phénomènes climatiques, elles disparaîtront dans quelques années, englouties par l'eau dont le niveau monte.
Devant nous à 110 km c'est la mer de Chine, derrière à 160 km, le Cambodge. Le bateau se glisse dans un arroyo (étroit bras d'eau) bordé de cocotiers d'eau, c'est très joli. Nous croisons quelques barques paisibles, les oiseaux sifflent. Sur les bords, des escaliers en béton permettent d'accéder aux habitations implantées derrière les cocotiers.

En sampan sur la rivière.
Deuxième arrêt : nous abordons sur une île, véritable verger naturel, avec ses maisons du delta en bois, couvertes de palmes de cocotiers. Arrivés au village, après une marche à pied à travers la verdure et les arbres fruitiers, on nous fait monter dans une charrette tirée par un petit cheval, on nous coiffe d'un chapeau pointu et en route. La conductrice téléphone tandis que le cheval trotte. Deux mondes en un seul, encore une fois !
Nous descendons au jardin de Bentre, où on nous offre un thé au miel arrosé de jus de kumqwat et de grandes assiettes de fruits, papayes, jacquier, longanis, ananas, noix de coco séchée... Le miel est fait ici, on a vu les ruches. Sur les étals autour de nous, sont exposés des bocaux remplis de serpents car dans cet endroit, on élève les cobras et les crocodiles que l'on retrouve sous forme de sacs, ceintures, portefeuilles. Après ce délicieux déjeuner de fruits, nous embarquons dans un sampan, qui n'a pas l'air très stable. il faut rester bien au milieu, ça roule d'un bord sur l'autre et c'est ainsi que nous regagnons notre bateau initial. La femme debout à l'arrière manie une longue rame fixée sur un bord et nous filons silencieusement sur l'eau brune, à l'ombre des cocotiers.

A midi, nous déjeunons dans un grand jardin au bord d'un petit canal couvert de nénuphars avant de retourner à Saigon et de retrouver l'hôtel Windsor vers 15 heures. Après avoir posé nos valises, nous partons seuls à pied vers le quartier chinois. Saigon est une fournaise, bruyante et encombrée, la ville la plus densément peuplée du pays.

Des motos partout...
Rue An Duong Vuong, les marchands de mobylettes s'alignent les uns à côté des autres.

D'après l'échelle de notre plan, le quartier chinois devrait être à 1 km de l'hôtel. Après une demi-heure de route, nous avons juste parcouru un tiers du trajet. Nous rebroussons chemin, trop loin, trop chaud, trop de bruit ! A mon avis, il y a bien 5 km pour se rendre au quartier chinois, donc 10 aller-retour et le guide nous attend dans le hall du Windsor à 18h30. Les bus, on ne sait pas où c'est, les taxis, il ne faut pas prendre n'importe lesquels à cause des arnaques, et pour se faire comprendre ici, bonjour !

Mardi 7 décembre
Matinée libre... Nous prenons la navette de l'hôtel pour nous rendre au centre de Saigon. Nous marchandons une valise de 1 500 000 dongs que nous obtiendrons pour 1 000 000 dongs, nous achetons diverses autres bricoles sur le marché Ben Tanh, traversant de larges carrefours sans feux, zigzaguant entre les motos. On est sollicité de partout pour monter sur des motos-taxis, des cyclo-pousses, pour acheter ceci, cela. On essaie de me vendre trois cartes postales 5 dollars, je les aurai finalement pour 1/2 dollar, un tee-shirt 1 450 000 dongs que j'emporte pour 64 000 dongs. On négocie les prix en écrivant sur la calculette. Nos trois guides nous ont dit qu'il faut marchander, sinon on brise l'économie. Nous rentrons à l'hôtel en navette et bouclons les valises.
Dung vient nous chercher à 13 heures pour aller au restaurant. Il nous montre quelques mots en vietnamien avec différents accents qui changent leur sens. Le mot "ma" par exemple, selon l'accent, aigu, grave, tilde et autres accents inconnus en français, peut signifier : diable, belle-mère, de, cheval, pousse de riz...
Nous allons visiter le musée de l'histoire du Vietnam, sis dans un palais colonial français et où se trouvent rassemblés de jolis objets anciens, jarres en terre cuite, dragons, meubles en bois laqué (les Vietnamiens ont appris la laque, pendant la domination chinoise).
Les bois laqués ont une grande valeur et indique la richesse de ceux qui en détiennent. Cette valeur augmente avec le temps et peut décupler en cinquante ans. C'est un peu le même principe que le bois de Santal, dont on nous a parlé à Hoi An. De même, pour reconnaître les riches des pauvres, il faut compter le nombre de jarres qu'ils possèdent. Un pauvre peut posséder 3 jarres pour récupérer l'eau de pluie à la saison sèche, tandis qu'un riche en aura une centaine.
Un superbe tambour du Yin et du Yang trône dans ce musée. Il est constitué d'une peau de buffle mâle d'un côté, et d'une peau de femelle de l'autre qui rendent des sons différents. Le côté mâle est destiné à annoncer les mauvaises nouvelles (la mort par exemple), tandis que l'autre côté annonce les bonnes (mariage, naissance). Ce tambour est encore en usage dans les coins reculés.
Après le musée, nous entrons dans un atelier de laque, sur nacre et écailles d'œufs. On peut y admirer de très beaux produits finis, au terme d'un travail d'artiste. La laque nécessite 15 à 17 couches de peinture, entrecoupées de ponçages avec à la fin un ponçage final à la noix de coco.
Un peu plus tard, nous nous rendons à la pagode de l'empereur de Jade, qui comme beaucoup d'autres se trouve sous la garde d'un banian, l'arbre sous lequel médita le Bouddha. A côté, est creusé le bassin des carpes et des tortues, qu'achètent les gens pour les libérer et qui sont stockées là en attendant d'être rendues à la nature. A l'intérieur, se tiennent les trois Bouddhas (passé, présent, avenir), le Bouddha femme, et les génies du mal et du bien (le Yin et le Yang). Le fond de la pagode est occupé par l'empereur de Jade, le roi du taoïsme qui gère l'univers, et ses ministres, statues géantes en papier mâché laqué.
Dix tableaux en bois sculpté racontent que celui qui meurt sans atteindre le Nirvâna, devra essayer de l'atteindre en dix étapes (sorte de purgatoire), par le cycle des réincarnations.

Le Génie de la fortune, enfin reçoit de nombreuses visites. A ses pieds, est posée une corbeille avec des petits papiers. On peut en emporter un, il portera chance. Les pauvres prennent un billet rouge plié dans lequel est représenté le symbole chinois du génie de la fortune, et s'ils deviennent riches, ils reviendront avec des offrandes.

Ce Génie, qui ne respectait pas sa mère, vit un jour un oisillon apporter des graines à sa mère-oiseau. Pris de remords, il rentra chez lui et voulut embrasser celle qui l'avait mis au monde et le nourrissait, mais celle-ci surprise, recula, tomba et mourut sur le champ. Par la suite, le Génie devint riche, mais il se rendit compte que la fortune, sans sa mère, ne lui servait à rien.

Le petit billet rouge du Génie de la fortune.

Notre dernière visite est pour la poste coloniale, construite en 1886 et dont l'intérieur a un air de famille avec celui de la gare d'Orsay à Paris. Elle fut édifiée par les Français installés à Saigon de 1858 à 1956. C'est un bâtiment voûté, absolument superbe, aux cabines téléphoniques encore dotées de portes en bois, avec sur les murs, des cartes anciennes de Saigon et de la région et bien sûr, le sempiternel Hô CHi Minh, tout au fond.

La journée s'avance, avant de gagner l'aéroport, nous suivons la rue principale (ancienne rue Catina) du quartier colonial avec ses boutiques et cafés, très prisés par les Français à l'époque. Nous passons devant l'opéra, devant les grands hôtels coloniaux, l'hôtel Caravelle où logeaient journalistes et correspondants de guerre Américains, le Rex pour les officiers Américains, le Continental, premier hôtel français, le Majestic, le plus chic, où séjournaient les Français au temps des colonies et aussi Catherine Deneuve quand elle visita le Vietnam, lors du tournage du film "Indochine". Nous admirons au passage, l'hôtel de ville de 1900, bâtiment colonial de couleur claire comme l'opéra et devant lequel trône le pape du PC, Hô Chi Minh. Le premier arrondissement de Saigon, le plus beau, en cette période d'avant Noël, ruisselle de millions de lumières, grands sapins, guirlandes multicolores, arbres et façades cascadant de fils lumineux.

Au cœur de la ville, demeurent les gens riches, à la périphérie les classes moyennes, mais il y a aussi des bidonvilles près du port de Saigon, distant de la mer de 80 km.

Nous arrivons à l'aéroport, un peu avant 19 heures et au lieu de décoller à 23h05 comme prévu, l'avion a 45 mn de retard. Presque cinq heures d'attente, trop long !
J'ai demandé lors de l'enregistrement des places avec de l'espace devant et nous sommes, comme à l'aller, au rang 45, en début de section, avec toute la place qu'on veut pour les pieds. Miss Martinique est dans le même vol que nous (en classe affaires).

Mercredi 8 décembre
Arrivée à Roissy à 7 heures locales (13 heures au Vietnam). La voiture est couverte de glace et de givre, la neige est tombée pendant qu'on se prélassait au soleil.

Une petite conclusion sur ce pays que nous venons de quitter :
Un pays chaleureux, meurtri par les guerres innombrables, qui n'en reste pas moins accueillant et souriant. Pas de mendicité, de la pauvreté sans doute, comme partout, mais moins criante que dans certains contrées de l'Asie du sud-est. Nous n'avons jamais eu l'impression de saleté et de manque d'hygiène. Quant à la nourriture, ce fut un vrai régal que tous ces repas asiatiques, explosion de saveurs et de parfums, subtil mélange d'épices, de douceurs, d'odeurs... Une nature riche et généreuse, des merveilles comme la baie d'Halong, des peuples colorés dans le Haut Tonkin, un fleuve omni-présent le Mekong... Et les fruits... les légumes surprenants... et partout le riz...

 

 
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